Cayce Zavaglia, de fil en tableaux

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Cayze Zavaglia miniature

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Cet article est consacré à Cayce Zavaglia, qui manie les aiguilles et non les pinceaux, pour produire des portraits brodés pour un résultat magnifique dont la beauté, elle, est cousue de fil blanc.

Je citais l’outil relatif à la peinture conventionnelle en phrase d’accroche car l’artiste a tout d’abord tenté la pratique plus classique – et salissante. Comme beaucoup de personnes citées dans les articles précédents, elle fait ses études aux Etats-Unis et dans le milieu (« Master of Fine Arts (Painting) » en 1998). Bref, elle ne sort pas de n’importe où.

Quoiqu’il en soit, elle s’est mise à la broderie il y a une douzaine d’années et continue depuis à produire des portraits, exclusivement formés d’entrelacs filés. Voici donc une partie de son oeuvre.

Splendide, pas vrai ? La première fois que j’ai vu les photographies de ses œuvres, j’ai cru être tombé sur de chouettes peintures, de jolis portraits… Mais, fichtre, la technique créative vaut le détour !

Elle annonce dans un mini-documentaire sur le procédé que la manière d’arriver au portrait doit être aussi importante que la personne représentée.

Je suis apparemment un bon public, car elle dit vouloir que ses créations soient appréhendées en trois temps. D’abord, on pense que c’est une peinture. Puis, on s’approche, on regarde de plus près, on remarque les fils, et on apprécie le travail d’orfèvre effectué. Enfin, on prend un peu de recul et on apprécie le portrait pour lui-même et non pas pour la technique employée.

Pour illustrer la marche suivie par Cayce Zavaglia, observons la capture d’écran suivante.

Placeholder Atelier © Cayce Zavaglia
Atelier © Cayce Zavaglia

La madame (1), procède par étapes. Elle prend d’abord en photo ses modèles (des membres de sa familles, des amis ou artistes proches) environ 150 fois, afin d’obtenir le cliché souhaité, celui où il y a un « petit truc spécial », qu’elle affiche à côté d’elle (2).

Elle utilise ensuite toute la tripotée de fils qu’elle entrepose sur la table (3) pour broder une reproduction sur son, heu… repose-cadres-pivotant-avec-des-pinces-bizarres. Pivotant, car tout personne ayant déjà brodé quoique ce soit (même des excuses) sait qu’il faut retourner (et rouler dans la farine) le (pigeon) support.

Pour vous donner une meilleure idée de sa précision, voici quelques vues rapprochées.

Pourtant, de jolis fils entremêlés forment aussi un envers du décor auquel s’intéresse depuis quelques années Cayce Zavaglia.
Elle a ainsi retourné ses cadres et exposé une série d’œuvres bien plus tourmentées que les « simples » portraits visionnés auparavant. Cela se rapproche aussi de son travail au pinceau, cette fois, dans un style tout particulier (je vous montre les deux simultanément, tant qu’à faire).
Jugez plutôt.

Notez que ses peintures, postérieures à la broderie, s’en inspirent fortement.

Cayce Zavaglia explique que retourner ses cadres met en exergue tous les petits défauts des personnages, toutes les aspérités que l’on ne voit pas de prime abord, mais qui font d’eux des êtres humains. Comme vous avez pu le constater via ce blog, j’aime bien chercher ce qu’il y a derrière l’oeuvre et la démarche de l’artiste me plaît carrément !
L’être me semble bien plus réaliste ainsi, dans toute sa splendeur fiévreuse. Il est plus complexe : ce fil est une histoire, celui-ci un souvenir, qui, une fois mis côte à côte, forment le portrait, agité, sophistiqué.

Cette approche offre une certaine profondeur aux cadres que j’ai pu vous montrer auparavant. Les yeux braqués vers nous criaient déjà leur vérité ; devant les imperfections de chacun, ils se tintent d’une lueur nouvelle. Derrière la perfection relative du portrait, se cache le « Verso » , nom qui est aussi celui de l’exposition, ce qui est tourné, ce qui est caché.

On découvre ainsi l’univers propre à la fois à l’artiste – ce qu’elle observe tous les jours dès qu’elle brode – et l’intimité des modèles.

Peut-être mon avis sur la question n’est pas partagé, mais je trouve cette représentation tourmentée bien plus belle que les portraits originaux. L’angle nouveau des productions dépeint (ahah) fidèlement la complexité de l’homme, toute sa sophistication enchevêtrée et je trouve cela magnifique.


Cet article touche à sa fin ! J’espère que le travail de Cayce Zavaglia vous aura autant plu qu’à moi. N’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires, à partager l’article ou vos découvertes sur Twitter ou Facebook !


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L’utilisation de fils est étonnante dans notre monde pixels, de points. C’est un comme un flux, le fil d’une vie. Je trouve aussi que cette technique met en avant le matériau et là aussi, ça change des représentations utilisées la plupart du temps qui sont dématérialisées. Encore une fois, une artiste qui prend un contre-pieds avec l’air du temps et ce décalage contemporain nous interpelle sur notre réalité.

Effectivement, l’envers du décor est fascinante. L’opposition entre la façade lissée et le back-office tourmenté est tellement humain surtout dans nos sociétés où on apprend à « contrôler » nos émotions.

Encore, une belle découverte.