Glitch art miniature

Le Glitch Art #1 – le Son

logo miniature

Le Glitch Art #1 – le Son

Partagez cet article
  • Partage Facebook
  • Partage Twitter
  • Partager via Google Plus
retour en haut

Bonjour,

Sujet épineux et carrément vaste que nous allons aborder aujourd’hui ! Et là, là, vous vous demandez de quoi on va bien pouvoir papoter… Enfin, non, vous venez de lire le titre. Donc, le glitch art.

Cette forme d’art ne parlera probablement pas à tout le monde, mais je vais m’efforcer de vous intéresser assez pour que les plus réfractaires survivent à cet article. Ahah, vous flippez, là, pas vrai ? Quoiqu’il advienne à vos yeux, oreilles, cerveau(x ?), il y a de quoi plaire ou au moins intriguer tout le monde, ne vous inquiétez pas. Le sujet d’étude est assez vaste et complexe pour produire plusieurs articles à son égard. Ce premier exemplaire porte sur la forme d’art en règle générale et sur sa part sonore, le second s’intéressera à l’image et le dernier à comment tenter des truc-muches rigolos avec vos propres moyens !
Après ce petit paragraphe d’accroche d’une subtilité inégalable, entrons dans le vif du sujet.

Le Glitch Art, comme son nom ne l’indique absolument pas, est apparu assez récemment, lorsque nos chères machines ont commencé à produire des sons ou des images et que des artistes en manque de sensations fortes s’y sont intéressés. Selon le type qui vous sert de source pour 90% de vos exposés depuis la 6ème, le Glitch Art, c’est « l’esthétisation d’erreurs analogiques ou numériques, comme des artefacts ou des bugs, par corruption de code ou de données ou manipulations d’appareils électroniques » .
Bref, ça grésille, ça clignote, ça fait des bandes de couleurs, ça pixelise, ça crache, ça sature. Et parfois, tout à la fois.

Cela peut vous paraître étrange et vous pensez d’avance que c’est laid ?
Ahah, bande d’ignares !
… enfin, oui, parfois, c’est un peu moche. Mais ce n’est qu’un avis, voilà tout.

Plus sérieusement, ce qui est intéressant avec le Glitch Art, c’est la recherche, la mise en avant d’anomalies comme forme d’art, le détournement de dysfonctionnements et leur sublimation par la création d’une oeuvre à part entière, que ce soit dans la musique ou le graphisme pur.

Je vais commencer par le plus bizarre, à savoir le pan musical de cet art, car il y a probablement moins d’exemples. En outre, vous ne pourrez pas si facilement tenter cette expérience, contrairement à l’image, qui me semble plus accessible.

Entamons notre périple par un morceau de Ryoji Ikeda.

On rigole moins, désormais, pas vrai ? Cela vous donne une bonne idée de ce à quoi peut ressembler le glitch art sous forme musicale.
Venant en partie de l’électro minimaliste, le glitch art tire sa force d’applications techniques infinies. Je pourrais vous citer des dizaines de noms ayant façonné l’univers sonore de cette forme artistique. Néanmoins, au-delà du créateur lui-même, il est intéressant de s’arrêter sur la phrase d’Achim Szepanski (tirée de « A mille plateaux manifesto » ) : « les clics, glitches et les soi-disant erreurs deviennent des sons » .

Ainsi, l’erreur devient plus qu’un arrêt sur image, plus qu’une note dissonante qui griffe l’oreille. Elle est sublimée par l’oeuvre nouvelle que forme l’artiste, à partir des perles discordantes.

Le même bonhomme a aussi écrit (source similaire) : « les standards PEUVENT ET DOIVENT être transformés » .
J’apprécie ce désir de trouver quelque chose de nouveau par l’erreur. La machine a le droit d’être imparfaite, pour atteindre l’art même, sous les coups de l’homme. Il y a dans le glitch art une certaine violence, une volonté de pousser à bout la chose pour façonner son oeuvre.

Richard Devine, le compositeur de la bande sonore précédente, dit d’ailleurs que « c’est intéressant, parce que vous faites sonner les choses d’une manière physiquement impossible » . De nouveau, la notion de limite est abolie : le dysfonctionnement va au-delà du cadre donné initialement et on s’en sert pour s’extraire de celui-ci.

Allez, un autre pour la route. Cette fois, l’artiste a travaillé avec divers sons issus d’un appel téléphonique.

Sympathique, pas vrai ? Bon, honnêtement, je n’utiliserais pas ça comme sonnerie au matin (quoique, ça doit bien réveiller…), mais la démarche est intéressante.

C’est d’ailleurs mon avis pour la plupart des productions en matière de glitch art musical : la performance artistique, la recherche autour du son et de la machine m’intéressent au plus haut point mais je n’écoute clairement ça que pour rédiger un article.
Aussi éloignées ces pistes soient-elles de mes habitudes auditives, j’en apprécie les modulations.
Il est assez ardu de décrire avec exactitude ce qui me vient à l’esprit lorsque j’écoute les productions toujours plus détériorées, toujours plus pixelisées. On ferme les yeux quelques instants et le son devient image qui se déforme, qui éclate en boucle.

Ainsi, le glitch art devient une nouvelle fois visuel. Peut-être est-ce car la forme me plaît bien plus, peut-être car le glitch art parle plus facilement lorsqu’on le voit.
Pour illustrer mon propos, je vous propose de regarder et d’écouter (les deux à la fois, j’ai foi en vous) cette vidéo.

Pour ceux qui ont les oreilles (et les yeux) qui saignent déjà, c’est le dernier artiste dont je vous montre le travail dans cet article (n’applaudissez pas, bande de boulets).
Ici, le son et l’image sont synchrones, liés et on entend autant qu’on voit le glitch. Le son prend toute sa texture, sa profondeur. Il gagne sa dimension visuelle par l’intermédiaire des rectangles colorés. Ou mieux : le dysfonctionnement gagne une dimension auditive.

Peut-être que la vidéo n’illustre pas à la perfection ce que j’apprécie dans le glitch art musical, mais elle donne une idée plus précise du principe.
Outre la réflexion sur l’erreur elle-même, le glitch art sonore offre une nouvelle forme de réception de celle-ci. Elle n’est plus limitée à l’écran bleu clignotant de votre ordinateur agonisant ; le dysfonctionnement est désormais audible.

Cet article sur le glitch art musical touche à sa fin (oui, déjà) !
Merci d’avoir lu jusqu’ici.

La seconde partie, au sujet de l’image, se trouve ici.*


Liste des artistes cités :
Ryoji Ikeda ;
Achim Szepanski ;
Alva Noto ;
Richard Devine ;
Kim Asendorf (Tumblr) ;
Antonio Roberts.


J’espère que cet article-introduction-pavé vous aura intéressé. Plu, peut-être pas tous, mais intéressé, ce serait déjà un bon début.
J’ai essayé de rester assez général ; il y a de nombreux sites spécialisés et le mouvement du glitch art musical date de deux bonnes décennies donc les données et exemples s’accumulent : j’ai dû faire un tri, afin de vous montrer quelques morceaux significatifs.

Si vous connaissez des œuvres ou si vous pensez que j’ai omis quelques détails au fil de l’article, n’hésitez pas à faire signe, via twitter ou dans les commentaires.

Je voudrais remercier Basto qui m’a fait découvrir le glitch art, m’a motivé et avec qui j’ai pu régulièrement échanger à ce sujet. Merci, bro.

Sur ce, à la prochaine tout l’monde !

4 commentaires pour “Le Glitch Art #1 – le Son”

  1. Je pensais que la musique sérielle que ma prof de musique avait tenté de nous faire apprécier en troisième était le sommet du bizarre mais là, effectivement je suis bluffé.

    Je ne sais pas si ça valorise l’erreur finalement ? Mais, ça a le mérite de l’exploration et ça me déculpabilise sur mes capacité à faire de la musique 😉
    Un peu comme des « freaks » musicaux, une tarte tatin mélodieuse, des anomalies attendrissantes.

    Merci pour ce voyage inattendu loin de mon cadre de référence.

  2. Merci pour le commentaire !

    Je suppose qu’on ne parle pas de ces « freaks » -là :

  3. Oulala non ! Plutôt ceux là : http://archive.filmdeculte.com/culte/culte.php?id=57
    Les monstres ne sont pas ceux que l’on croit… En musique aussi peut-être ?

  4. Oh. Intéressant.
    Chouette concept que les freaks musicaux. J’aime bien !

Laissez un commentaire (un cookie offert)