Maoni : art et féminisme ?

logo miniature

Maoni : art et féminisme ?

Partagez cet article
  • Partage Facebook
  • Partage Twitter
  • Partager via Google Plus
retour en haut

Marlène Regazzoni, aka Maoni, est une artiste autodidacte maniant les crayons, fusains et autres pinceaux, représentant une féminité tantôt haute en couleurs, tantôt ciselée au graphite.

Note : certaines des illustrations suivantes contiennent de la nudité.

My light © Maoni

My light © Maoni

Summer © Maoni

Summer © Maoni

Lointaine © Maoni, aquarelle

Lointaine © Maoni

L'autre moi © Maoni

L’autre moi © Maoni

Enigmoire © Maoni

Enigmoire © Maoni

Méthode et technique, par Maoni

Comme vous venez de le voir, les processus créatifs varient grandement d’une œuvre à l’autre.

Pour les travaux réalistes, comme les portraits et nus présentés ci-dessus, Maoni travaille à partir de photographies. « Il me faut quelque chose qui m’inspire et m’interpelle, quelque chose que je capte dans la posture, le regard ou l’expression » , ajoute-t-elle. Il lui arrive aussi de laisser libre cours à son imagination…

L'or de Maeva © Maoni, pas à pas

L’or de Maeva © Maoni, pas à pas

En règle générale, elle utilise le fusain et le graphite pour réaliser l’esquisse initiale. Elle y ajoute de la peinture acrylique, lui permettant une certaine spontanéité, ou de la peinture à l’huile, pour son rendu. Vous avez aussi pu noter l’utilisation d’encres et aquarelles, agrémentées de touches aux pastels ou craies, augmentant le relief.

Enfin, pour le support, Maoni utilise un peu de tout (d’après l’énumération précédente, vous vous en serez douté) : toile, journaux, collages… Selon l’envie du moment et le résultat souhaité !

Un joyeux mélange, donc. Je vous invite à jeter un coup d’œil à ses vidéos, pour observer sa progression en direct.

Réflexions précaires d’un amateur bancal

Laissons un instant de côté l’aspect technique de ces illustrations. Au-delà de leur éclectisme et de la maîtrise créatrice, elles ont apporté leur lot d’émotions et, surtout, de questionnements. Je vais essayer dans ces prochains paragraphes d’exposer quelques considérations évoquées par le travail de l’artiste mis en avant ici, le plus clairement possible. Avec des titres se finissant par des points d’interrogation pour paraître mystérieux inutilement. C’est cadeau.

Célébrer le féminin : perfection préjudiciable ?

Tout d’abord, j’ai été étonné par le message placardé sur le site de Maoni : « célébrer le féminin » . Petit tour chez Larousse pour vérifier : féminin, « qui est propre à la femme » ou plutôt « qui a rapport aux femmes » . Merci, dictionnaire ; reste par ici, je risque d’avoir à nouveau besoin de toi.

La célébration de la femme via un corps parfait, des traits absolus, une silhouette calibrée au grain de peau près… me gêne. Une représentation somme toute fidèle à celle dont on s’abreuve quotidiennement, au détriment d’une image bien plus proche de la réalité. D’images, d’ailleurs, car l’être humain est multiple et ne s’arrêter que sur les courbes ironiquement parfaites d’un moule est une triste omission de sa beauté.

L'éclat d'Ariane © Maoni

L’éclat d’Ariane © Maoni

Cependant, curieux de connaître l’avis de Maoni, je lui ai posé la question suivante : la célébration du féminin est-elle davantage relative à l’idéal du corps ou à un concept militant ? (Sous-entendu : féministe.). Ce à quoi elle a répondu :

« ‘Célébrer le Féminin’ n’est ni un concept militant (c’est bien plus doux que cela…), ni une célébration de l’idéal du corps (qui porte, qui enfante, qui crée et donne la vie cependant…) même si, pour célébrer le Féminin, je choisis des modèles aux belles formes et beaux visages, illustrant la symbolique de la Féminité. »

Ah, mince, aucun des deux, donc.

Interdiction du beau ?

D’accord, d’accord… mais n’ai-je pas aussi le droit de trouver ces formes belles ? Après tout, si l’artiste choisit de célébrer la femme selon son idéal de la beauté, c’est aussi son droit. Et j’ai par ailleurs le droit d’apprécier les œuvres, simplement.

Les deux messages ne sont pas exclusifs : il est tout à fait possible de déplorer l’utilisation répétée des canons de la beauté, surtout pour célébrer la femme qui en pâtit, tout en les reconnaissant comme tels. Il m’a été assez difficile d’accepter cette dualité conceptuelle dans mon interprétation.

En clair, au-delà de la maîtrise technique et de la bonne volonté de l’artiste, ces œuvres participent au calibrage d’une féminité théorique improbable. Cela ne veut pas dire que les femmes représentées ici ne sont pas belles, ni qu’il nous est interdit de les apprécier comme telles et encore moins que Maoni n’est pas fichtrement talentueuse.

Cette beauté n’a rien d’interdit et peut être célébrée en elle-même. Il est simplement important de se souvenir qu’elle n’est pas unique et absolue, et qu’il existe de nombreuses autres formes de magnificence.

Nu et standards : une évolution cyclique ?

Lors de mes réflexions, j’en suis venu à penser aux canons de la beauté. Ils ont toujours été oppressants, plus ou moins teintés de mathématiques ou religions, mais on sait qu’ils évoluent selon l’époque et les cultures. Ainsi, les mensurations associées au beau n’ont pas été les mêmes durant l’Antiquité, au Moyen-Âge ou la Renaissance, que ce soit en Grèce, au Moyen-Orient ou en France.

Bref, ce qui m’a intéressé ici est la considération de la femme à la Renaissance principalement, comme un objet-beau. Je m’explique :

Au temps des cathédrales des peintres à sfumato (aka la Renaissance, mais je voulais éviter la répétition ; bravo), on (re)découvre la perspective et les proportions. Bien que la réalisme connaisse un essor significatif, la femme est représentée selon les canons de la beauté du moment. Sa place dans la société la confinant à un rôle secondaire, au mieux, elle est ici un simple objet. Un objet-beau, donc, dont le rôle est de faire joli. Méprisé, certes, mais au moins décoratif et, accessoirement (ou surtout ?), habillé.

Les époux Arnolfini, Jan van Eyck

Les époux Arnolfini, Jan van Eyck

Que vient faire la tenue dans cette histoire déjà aussi trouble qu’une mare vaseuse après un concours de plongeons ?, me direz-vous (à juste titre).

Hé bien, si le processus de réification de la femme s’est un peu calmé ces dernières décennies avec une salvatrice émancipation, cela n’a pas empêché les gens d’être cons de considérer une bonne partie de la population comme un objet.

Toujours un objet ? Oui, mais moins un objet-beau et davantage un objet sexuel. L’avènement de la pornographie, principalement réalisée pour un public masculin, place souvent la femme dans une position (ah !) dégradante. Elle a perdu ses habits, et par la même occasion, la brume de la beauté presque sacrée de la Renaissance. Si son rôle précédent était d’être belle, son nouveau script lui ordonne de crier d’extase en bonus.

A noter que là aussi, c’est la représentation qui pose problème, ce qu’elle suppose de l’image générale de la femme et qu’elle contribue à alimenter. Fin de l’historique, revenons à notre sujet d’étude.

Les œuvres de Maoni, et plus spécialement ses nus, ont un message bien loin de la pornographie classique. Elles replacent la femme sur le socle de la beauté. Inabordable dans sa perfection, mais incroyablement belle. Le nu assumé est aussi une forme d’émancipation, d’acceptation forte, voire dans certains cas militante, et je pense que les réalisations de Maoni illustrent ce phénomène.

Caméliane © Maoni

Caméliane © Maoni

Ainsi, la femme perd son statut d’objet ou mieux : elle gagne celui d’être indépendant, fier son corps. La beauté est ici revendiquée, sans lien aucun avec la fonction de l’être en question.


Voici la fin de cet article. Je serais curieux d’avoir votre avis à son sujet. Je suis sûr que l’espace des commentaires ci-dessous peut être un lien de débat passionnant et civilisé sur la question. Vous pouvez aussi me contacter à cette adresse si l’envie vous en dit : lartboratoire[@]gmail[.]com (sans les crochets).

Je tiens à remercier Maoni pour avoir pris le temps de répondre à mes questions avec force de détails. Devant le dilemme demandant de choisir entre article lisse et réflexion plus poussée mais probablement plus critique, j’ai choisi la seconde option. Lynchez-moi.

Cela dit, si vous souhaitez ne pas rater les prochains articles de l’artboratoire, vous êtes convié à rejoindre sa page Facebook et/ou son compte Twitter. En attendant la suite, pourquoi ne pas faire découvrir le sténopé, présenté par DarkVador, qui m’a aidé à la réflexion pour cet article.

Merci d’avoir pris le temps de lire jusqu’ici, et à bientôt !

Laissez un commentaire (un cookie offert)