Tokyo et cyberpunk : les photographies nocturnes de Liam Wong

Liam Wong est directeur artistique chez Ubisoft le jour et photographe la nuit. Extrêmement doué pour capturer une Tokyo nocturne et pluvieuse, il publie des clichés oscillants entre cyberpunk et vaporwave.

Parapluie et nuit – Liam Wong

Parapluie et nuit – Liam Wong

L’inspiration de Liam Wong

C’est lors d’un déplacement professionnel au Japon que Liam Wong découvre Tokyo de nuit. Immédiatement séduit, il prépare son second voyage en achetant un appareil photo reflex numérique. En parcourant Shinjuku, Shibuya ou encore Akihabara, des districts de Tokyo, il commence à capturer l’éveil nocturne des rues japonaises. Un jour, il pleut.

J’étais fasciné par la manière qu’a eu la ville de s’illuminer et j’ai pris photographie sur photographie. C’était comme être dans le film de Gaspar Noé, Enter The Void.

Des lieux comme Kabukichō, le quartier rouge, morne et sans animation de jour, s’anime alors et offre à l’objectif son univers insoupçonné. L’ambiance particulière s’en dégageant rappelle des œuvres telles que Blade Runner et l’artiste avoue volontiers s’inspirer du travail de Syd Mead, concept artist responsable des deux versions du film :

Son utilisation des couleurs, du contraste et de la composition sont une réelle inspiration pour moi. À ma manière, j’essaie de reproduire son atmosphère si particulière dans mes photographies.

La colorimétrie maîtrisée joue sur les éclairages, les néons, et les pavés humides les reflétant. Une forme de féerie moderne, entre bitume et gratte-ciels, anime Tokyo. Depuis la première pluie, le photographe capture des instants simples, sans prétention, et les transforme en visions poétiques, évocatrices, teintées d’une nostalgie fluorescente.

Parapluie et nuit – Liam Wong

Parapluie et nuit – Liam Wong

Comme autre source d’inspiration, Liam Wong cite volontiers le directeur Wong Kar Wai et son film « In The Mood For Love » , dans lequel « chaque image est une œuvre d’art » . Je vous invite à visionner cette vidéo par TheNerdwriter, en anglais, traitant de la composition des plans. Pour résumer, les personnages évoluent presque à chaque fois dans un cadre secondaire : il n’y a plus seulement les bords de l’écran qui les entourent, mais par exemple la cage d’escalier ou une fenêtre…

Dans les photographies de Liam Wong, les sujets sont souvent entre deux mûrs, dans une allée encombrée, derrière la vitre d’un restaurant. Les fils et autres cables caractéristiques des villes japonaises se tendent au-dessus des passants et ajoutent un cadre distendu, barrant nonchalamment l’espace.

Photographie nocturne et style ?

J’entends au loin le clavier des puristes s’activer sous leurs doigts enragés : oui, parfois, je mélange cyberpunk, vaporwave et outrun. Mon mauvais, voyons de quoi il en retourne réellement.

Cyberpunk

Une vision lugubre d’un futur hypothétique, avec inégalité sociales et technologie avancée. Typiquement Blade Runner : un mélange de société dystopique et gratte-ciels.

Outrun

Une version rétro-futuriste des années 80 ; la technologie est là mais est dans l’esthétisme clairement ancrée dans le passé. Généralement, on pense plage, palmiers, vestes en jean et voitures brillantes.

Vaporwave

Un regard nostalgique sur le passé, y compris les années 80. Parfois référé avec sarcasme ; les œuvres sont teintées de tristesse pour des temps innocents et de capitalisme (oui). Un icône du style est la pochette de Macintosh Plus 420.

Ces trois définitions sont partiellement tirées de ce thread sur Reddit, avec une chouette image associée représentant un beau diagramme de Venn entre les différents styles.

Après l’esthétisme cyberpunk, le vaporwave est probablement le plus connu car à l’origine de nombreuses blagues sur internet (cf. vaporwave aesthetics), et on a souvent tendance à l’utiliser pour tout ce qui est de près ou de loin violet-bleu-rose, « du moment qu’il y a des néons » . Sachez simplement que ça vous vaudrait une exécution sans sommation sur Reddit. Quoi qu’il en soit, comme vous avez pu le voir sur le diagramme, les styles s’entrecroisent régulièrement dans leur esthétisme visuel. Pour la musique, c’est très certainement autre chose, mais c’est un art dans lequel je suis encore moins versé que la photographie.

Le travail de Liam Wong est quant à lui à l’image de cette entrelacement de genres : ses photographies gardent une forte part de nostalgie (vaporwave), nimbée de gratte-ciels aux allures futuristes (cyberpunk). Pour l’aspect Outrun, je vous laisse chercher et me le dire dans les commentaires !

J’espère que vous avez laissé échapper des « woah » appréciateurs en regardant les photographies du jour et que l’article vous a plu ! Si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager autour de vous (le petit « + » en haut à droite est là pour ça) et à rejoindre l’artboratoire sur les réseaux sociaux.


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