Personnages fantastique : l’univers de Charlie Bowater

Charlie Bowater, une jeune illustratrice anglaise, affectionne un style particulier mêlant visages, rêves et fantastique. Visite guidée de cet univers unique en son genre !

The Reader – Charlie Bowater

The Reader – Charlie Bowater

Je m’étalerai davantage sur l’ambiance particulière dégagée par ces illustrations un peu plus bas. En attendant…

Méthode et technique

Charlie Bowater a la gentillesse de poster une partie de son processus créatif sur sa chaîne YouTube. Vous pouvez ainsi, si vous êtes motivés, la regarder créer durant plusieurs heures, sans accélération, et apprécier chaque détail. Cette vidéo montre quant à elle son avancée en quelques minutes ; vitesse grand V :

Analysons rapidement la méthode de l’artiste : elle commence par des aplats génériques gris, plaçant les formes principales du personnage, accompagnées d’une esquisse générale du décors. L’idée est ici de définir la composition globale de l’illustration. On note qu’elle dispose très tôt un calque servant de repère, l’aidant à gérer la perspective de son dessin.

Ensuite, elle se focalise sur le visage, sur l’expression du sujet. Lorsque celui-ci est correctement représenté, elle enchaîne sur ses habits et sa posture. Vous avez d’ailleurs remarqué qu’elle alterne l’orientation du calque principal afin de comparer les proportions selon l’axe symétrique. Comme la ligne de fuite en transparence, cette astuce permet une représentation davantage fidèle à la réalité, gommant les imperfections liées à une création produite avec une seule orientation.

Enfin, on entre dans le territoire fantastique des détails : les habits, les cheveux, le visage sont complétés, agrémentés et peaufinés par Charlie Bowate. Le décors s’immisce dans le tableau, s’appuyant sur la perspective établie plus tôt. L’illustration continue sa danse alternée, sous les (re)touches expertes de l’artiste. Et, avant leur colorisation, les différentes œuvres ressemblent à ce qui suit :

Tricherie colorée sur la dernière, certes, mais l’idée est là ! Vous noterez les différents degrés de précisions dans les coups de pinceaux pixelisés : si les masses sont globalement définies, les illustrations gagnent en détail selon l’importance de la zone en question (visages, mains…).

Imagination : liberté, rêves et mouvements

J’ai découvert Charlie Bowater grâce au hashtag #VisibleWomen, sur Twitter, promouvant initialement le travail des illustratrices BD, mais s’étant rapidement élargie à la création féminine au sens large. Je vous invite à faire un tour sur ce mot-dièse, c’est une mine d’or de créativité.

Cela dit, il est difficile de démêler exactement ce qui a attiré mon regard et m’a touché dans ses œuvres : sûrement la composition, ou la colorimétrie maîtrisée… En réalité, je pense que le mouvement, toujours en suspens, est une composante importante.

Human – Charlie Bowater

Human – Charlie Bowater

À l’image des personnages animés de Hayao Miyazaki (si, si, vous vérifierez), ceux-ci laissent leur chevelure suivre leur geste, emplir l’espace physique. Difficile d’extrapoler sur le rapport capilo-émotionnel ; je note seulement le dynamisme ajouté par le placement des cheveux dans les œuvres et leur réalisme.

Le temps semble arrêté dans un état de grâce propre à une imagination juvénile, fertile. Le personnage est surpris, regard chargé d’émotions : tristesse, résignation ou surprise pour The Untold Truth, curiosité et appréhension pour Human (interprétations non contractuelles). Vous avez peut-être noté les mains, saisies en plein vol, doigts aériens : eux aussi sont capturés dans un instantané rêveur.

Phosphorescent – Charlie Bowater

Phosphorescent – Charlie Bowater

Cependant, ce qui m’a marqué de prime abord dans les productions de Charlie Bowater est l’incroyable encouragement à la rêverie s’en dégageant. Le regard plonge dans un univers chatoyant et complexe, fait de légendes inconnues.

L’esprit suit un fil d’Ariane invisible jusqu’au personnage et se laisse immerger, entre un livre, une rose coupée, un moment capturé. Il dérive en rivages échoués, d’une illustration, d’un univers à l’autre. La liberté d’interprétation fabuleuse des œuvres est vertigineuse : chaque personnage a droit à son histoire, son panel d’émotions brutes et entremêlées.

Au-delà de la beauté même des illustrations, j’admire la poésie subtile qui en émane. Cette jeune fille attrapant-déposant (qui sait ?) un astre dans le ciel étoilé est d’une candide simplicité, et pourtant… Pourtant, on pourrait construire un monde entier par-delà l’illustration cristallisant l’instant.


La lumière tamisée reprend progressivement ses droits et vous clignez des yeux pour laisser vos pupilles s’habituer. Engourdi, votre esprit s’extrait lentement des mondes fantastiques de Charlie Bowater…

Qu’avez-vous pensé de cette visite guidée ? Retourneriez-vous dans les limbes ? Votre avis m’intéresse ; les commentaires sont ouverts !

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/Ave Pavé/

Bowater a un style « particulier » qui est souvent utilisé en info-graphisme, c’est de pouvoir (facilement) gérer les « volumes » comme le time-lapse le montre si bien, je m’explique.
On commence souvent par des brush très « denses » (beaucoup de « masse brut » à travailler) que l’on va affiner au fur et à mesure en s’appuyant sur des éléments précis (il n’y a que « Face Yourself » qui échappe à cette logique, « Phosphorescent » correspondant point par point à ce « style » de dessin).
La particularité de Bowater, c’est vraiment cette netteté dans les détails « clefs » (visage, cheveux, yeux) qui va « marquer » la vision qu’on a de l’œuvre de façon globale, devenant ainsi un élément central du rendu final que l’on va « entourer » (il suffit de voir « Tear » qui incarne cette particularité avec un personnage ultra-detailed (netteté, lumière/ombre, colorimétrie, gestion « 3D »/profondeur des éléments physionomiques, etc), un blackground « plat » (juste brushé) avec des éléments détailed mais sans plus (les roses ; pour ne pas créer un « vide ») avec TOUJOURS cette gestion de la perspective, on va de l’extra-detailed/réaliste à du brush simpliste/background), ce qui donne vraiment cette impression de « focus (détail vs flou) » comme une photo.

Revenons sur « Tear » (qui est vraiment ma « préférée » avec « Phosphorescent »).
En plus de cette gestion de la perspective, il y a ce boulot monstrueux sur les détails (si vous saviez la difficulté à donner un rendu « réaliste » à des cheveux …) en plus d’une gestion de la lumière « facile » (entre guillemet).
La lumière est réellement diffusée via la gauche dans des nuances chaudes (jaune/orange) qui fait écho à la rose rouge au centre de l’image, qui du coup « marque » l’élément car on est dans un contexte visuel très « froid » (nuances de bleu/mauve peu saturées avec une luminance-contradiction vert/violet, là où le rouge est très « intense » (luminance élevée + forte luminosité)
// ie : la luminance, basiquement, est le fait de « saturé » une couleur de nuances de blanc/noir, ce qui donne des effets de contraste grâce à des teintes « claires/pastel » ou « sombres » //

La seule chose qui me dérange avec « Tear », c’est vraiment ce foreground (« premier-plan ») avec des cheveux très détaillés, les ronces très détaillés aussi, cette netteté « par touche » avec ce rendu global flou, « pas fan » personnellement, ça « casse » la perspective « haut-bas » pour privilégier une perspective droite-gauche, une impression de « 16:9 ».

BREEEEF. Je pourrais continuer des heures à commenter des artistes pareil mais il est « temps » de s’arrêter là.